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Pop Art

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quelques idées et notions sur le Pop Art

Interview de Benjamin Spark par Edmond Morrel

Benjamin Spark

Benjamin Spark

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Edmond Morrel : Lorsque l'on regarde vos toiles on pourrait penser que vous désintégrez l'ordre qu'instaure dans une bande dessinée le partage des cases, de la ligne claire, le besoin de casser une structure ?

Benjamin Spark : J'aime le chaos, le désordre du monde, un monde qui me fait peur et que j'essaye d'appréhender avec ces personnages de BD, ces personnages qui me rassurent, qui me rappellent mon enfance, qui me permettent de me plonger dans le monde qui est le mien mais que je refuse de regarder tel qu'il est. Je coordonne dans ce chaos l'ensemble de mes souvenirs d'enfance avec les superhéros, la BD américaine, la BD belge et maintenant, j'intègre même la BD japonaise, les mangas, j'adore cette culture japonaise qui vient justement nous confronter dans ce chaos, ce choc des cultures. C'est justement un grand magma.

Edmond Morrel : Un grand magma, mais quand on regarde vos toiles, il y a quand même une logique qui est celle que construit le regard de celui qui regarde votre toile.

Benjamin Spark : Oui, je guide le regard. Je joue un peu avec le regard de mon spectateur de mon tableau dans le sens où il y a une apparence de chaos dans la construction mais je peins proprement les personnages et ensuite je les tague avec de la bombe, des pastels, du pinceau. Dans ma façon de taguer le tableau, je structure, je cadre un petit peu l'ordre des choses avec des diagonales, des horizontales, je guide le regard du spectateur pour qu'il puisse suivre l'histoire que je raconte dans ma toile.

Edmond Morrel : Il y a malgré tout une histoire dans vos toiles. J'ai eu l'impression que votre lecteur peut se raconter plusieurs histoires en fonction de l'état dans lequel il se trouve. C'est ce qui m'est arrivé en tout cas.

Benjamin Spark : Oui, parce que ce qui me guide vraiment, c'est le sentiment humain. Donc je confronte les sentiments humains, la peur, la haine, l'amour, l'amitié. J'essaie de faire transparaître ça à travers les personnages de BD qui sont toujours très expressifs. Ça raconte presque toujours l'histoire d'un couple, ça peut être un couple d'amis, un couple d'amoureux mais c'est une histoire tout au long de leur relation qui est décrite dans un tableau. C'est ce que je tente modestement. C'est ce que je ressens au fond de moi. Cette envie de transmettre tous mes états au sein d'une relation, lors d'une relation avec quelqu'un, en même temps, sur une même toile.

Edmond Morrel : Ceux qui regardent vos toiles s'en rendent compte immédiatement, les personnages qui occupent vos toiles sont issus de la bande dessinée de toutes origines différentes.

Benjamin Spark : Au début, c'est la bande dessinée américaine qui a été très présente. Mes amis à l'école avaient leurs petits jouets, leurs nounours, moi j'avais les superhéros. Je les trimballais tout le temps avec moi. C'est avec eux que j'ai appris ce qu'était la peur, ce qu'était l'amour, ce qu'était la haine, ce qu'était le bien et le mal, finalement. Avec les super héros on a une vraie appréhension de ce que peut être le mal face au bien. Ça c'est vraiment la base. L'univers Marvel et superhéros, les comics et au-delà même de la BD sont venus se greffer les personnages de dessins animés de mon enfance, car ma génération est celle du dessin animé, japonais, que ce soit Goldorak, Candy, Albator, Capitaine Flam et puis après le manga pur et maintenant le dessin animé 3D. D'ailleurs, je travaille là-dessus en ce moment. Après avoir vu Avatar, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire.

Edmond Morrel : Il y a aussi l'apparence de personnages que l'on connaît bien sur le Vieux Continent, de la BD belge, des personnages de Franquin, on va les examiner très longtemps. Dans vos oeuvres, ils sont venus pourquoi et comment ?

Benjamin Spark : Il y a Frankin, il y a Gotlieb, c'est plus des clins d'oeil, ce n'est pas ma base de travail. Au niveau de l'expression, c'est la fameuse ligne claire belge, il y a peu d'expressions. Il y a plus des clins d'oeil, c'est rajouter une touche d'humour ou une touche anecdotique, mais qui malgré tout dans l'histoire peut ajouter un petit peu de sel.

Edmond Morrel : Vous êtes dans un atelier devant la toile blanche, qu'est-ce qui se passe dans la tête de Benjamin Spark, est-ce qu'il a déjà le premier personnage qu'il va mettre sur la toile, ou est-ce qu'il se laisse guider par une sorte de mémoire inconsciente ?

Benjamin Spark : Non, je ne suis jamais devant la toile blanche sans avoir réfléchi avant. Donc le boulot se prépare tout le temps. Je suis tout le temps en train de préparer un tableau. Quand je vais chez quelqu'un, si je feuillette un livre, je regarde une illustration, je regarde des bandes dessinées tout le temps, je vais voir sur youtube en termes d'animation. Je me documente énormément. J'ai un gros travail de documentation à faire avant de travailler. Et ensuite je pars effectivement de quelques images que j'assemble avec des collages en général et puis ce collage me donne l'envie de rajouter, de construire, mais j'ai une grosse base documentaire d'images. Je me nourris d'images en permanence et je crois que c'est ce qui caractérise ma génération. C'est de me nourrir par l'image, de véhiculer des émotions par l'image, c'est comme ça que j'ai appris à vivre.

Edmond Morrel : Comment choisissez vous la dimension de la toile ?

Benjamin Spark : Ça c'est intéressant parce que c'est vraiment un sujet compliqué pour moi, la dimension de la toile. Au départ, je crois comme tous les peintres, je me laissais aller à acheter des châssis en fonction de mon budget surtout. Après j'achetais la toile roulée ce qui me permettait de faire plus grand, et puis en fin de compte je travaille avec une galerie avec laquelle je suis sous contrat. Et on parle de ces formats et ça m'intéresse de savoir quels sont les supports que l'on travaille en ce moment, qu'est-ce qui est intéressant comme nouveau support. Je me renseigne beaucoup là-dessus, je travaille du coup, le papier, le kraft, les différentes toiles, le papier japon aussi, je me renseigne auprès de mes collègues aussi parce qu'il faut toujours être à l'affût, ça change vite. Finalement un peintre peut aussi avoir le nez dans le guidon et ne pas voir que ça bouge.

Edmond Morrel : Une question plus liée à ma relation à la littérature, est-ce qu'une relation entre un peintre et un galeriste est quelque chose comme entre un éditeur et un auteur.

Benjamin Spark : J'en parle justement à dessein parce que les gens savent très peu la relation entre un artiste et un galeriste, mais un artiste n'existe qu'avec un galeriste et réciproquement. Il y a des grands duos, que ce soient les impressionnistes et Durand-Ruel, Picasso et Kahnweiler, il y a plein d'autres exemples, c'est le galeriste qui pousse l'artiste à se dépasser et c'est l'artiste qui propose au galeriste des expositions conceptuelles qui permettent de valoriser aussi la galerie, c'est un vrai travail en équipe, en binôme, c'est une association.

Edmond Morrel : Par exemple, on parlait du format de la toile, comment le galeriste influe ou détermine des choix du peintre, lui facilite des choix ?

Benjamin Spark : Justement quand on fait une exposition personnelle, ensemble on prépare sur les quarante oeuvres qu'on va montrer, on imagine déjà comment elles pourraient être situées, les différents formats, comment on pourra assembler ce puzzle qu'est une exposition pour qu'elle soit belle parce que si on propose 40 toiles de même dimension ce ne sera pas intéressant non plus. Il faut tout le temps varier, il faut varier ses supports et donc varier sa créativité, c'est génial.

Edmond Morrel : J'ai observé que dans vos tableaux inspirés de bandes dessinées, il y a aussi des graphismes d'écriture, la plupart en anglais, est-ce parce que l'anglais est plus visuel ?

Benjamin Spark : Non, c'est parce que l'anglais est ma culture, c'est mon eldorado à moi et je pense à tous les gens de ma génération, enfin, je pense que ça fait cinquante ans maintenant que l'anglais, c'est l'eldorado. Moi, j'allais toujours voir les films en VO, parce que j'aime beaucoup cette langue par ailleurs, est elle est très expressive, c'est évident. Si j'ai envie d'écrire des mots d'amour, je prendrai le français, mais si j'ai envie d'écrire des mots forts et des mots puissants qui véhiculent un sentiment, j'utilise l'anglais. Et c'est l'héritage de Basquiat, il faut le dire, l'héritage du graff j'en ai fait pendant un certain temps et l'héritage de la culture de la rue, le street art et c'est comme ça que je nomme mon art, j'appelle ça la Street Pop, un mélange de Pop Art et de Street Art. On entre dans tout un vocabulaire anglais.

Edmond Morrel : Toutes vos toiles qui portent un titre, le titre est en anglais.

Benjamin Spark : Oui, parce qu'elles sont titrées le toiles. Les mots que je plaque sur la toile, sont utilisés comme titre, mais le titre n'a pas une valeur symbolique forte.

Edmond Morrel : Mais le titre est en anglais !

Benjamin Spark : Je pense que le titre est graphiquement plus fort s'il est en anglais. Graphiquement... oui, on dit plus de choses en moins de lettres. J'aimerais qu'on évoque les thématiques que vous abordez. Ce sont des thématiques urbaines, est-ce que le paysage urbain appartient à votre culture et est-ce qu'il vous inspire ? Pas forcément, le paysage urbain, je dirais plutôt le mode de vie urbain. Dans le sens de ce tourbillon, le tourbillon de la société où tout va très vite, ou la société de consommation on en parle. C'est Warhol qui a inventé ça, mais je pense que Warhol était visionnaire et aujourd'hui ça perturbe complètement le fonctionnement humain. Aujourd'hui on est dans l'avoir plus, le consommer plus, etc. On sent bien que c'est la fin et j'apporte juste ma pièce à l'édifice en montrant bien ce tourbillon fantastique qui nous entraîne finalement nulle part. Et on devrait nous concentrer plus sur nos émotions personnelles.

Edmond Morrel : Il y a aussi une certaine forme de violence qui apparaît dans l'expression de vos personnages mais aussi dans leur confrontation sur la toile. La violence est une thématique qui vous hante ?

Benjamin Spark : Je crois que c'est ma violence à moi qui est contenue... et comme je fais très peu de sport et très peu d'activité par ailleurs, je suis obligé de la rejeter dans les toiles pour m'en libérer car elle est contenue en moi. C'est comme ça que je le ressens. On a chacun en soi ce fameux yin et yang et je dois expulser ça.

Edmond Morrel : Vous êtes peintre, votre peinture s'inspire de la bande dessinée, est-ce qu'il n'y a pas une frustration de ne pas créer de la bande dessinée et de revenir au modèle initial ?

Benjamin Spark : C'est ma grande frustration de départ. Au début, je devais, je voulais être dessinateur de BD et je me suis vite heurté au problème de l'écriture, surtout de trouver un scénario, de créer des personnages et de leur donner vie, c'est quelque chose que j'ai eu beaucoup de mal à faire. Après je me suis concentré sur le dessin, j'ai complètement quitté de dessin pour quelque chose qui n'avait rien à voir avec l'artistique et à 28 ans je suis revenu à l'art et je me suis remis à dessiner. Et aujourd'hui j'ai trouvé un compromis entre mon idéal de BD et mon rêve d'artiste, j'essaie de cumuler les deux maintenant, mais je ne le regrette pas parce que chaque tableau constitue maintenant comme une case d'une grande bande dessinée que je mets en oeuvre tout au long de ma carrière.

interview à écouter sur

http://www.espace-livres.be/Benjamin-Spark-l-artiste-inspire

autres liens :

http://monbopetitmonde.com/2015/05/14/benjamin-spark-son-evolution-dans-le-pop-art/

http://www.gael.be/rencontres/people/223759/a-la-rencontre-de-benjamin-spark-le-roi-de-la-street-pop

http://www.trendaholic.be/2015/10/24/benjamin-spark-lexpo-2/

Benjamin Spark

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